La News

News publiée le 08/04/2010

Microbes, alimentation, diffu-sciences

Faut-il tout «stériliser» ?

Supprimer tous les microbes de nos aliments n’est pas nécessairement bénéfique.

On parle beaucoup de probiotiques, ces microbes qui, lorsqu’ils font partie de notre alimentation en quantités suffisantes, nous apportent un bénéfice pour notre santé. Mais à part ces microbes-là, la tendance des autorités de santé est plutôt à bannir tout aliment qui serait porteur de bactéries. Et d’imposer à tout qui prépare des aliments, qu’il s’agisse de restaurateurs, de cultivateurs, d’éleveurs ou d’industriels, des conditions extrêmement strictes à l’exercice de leur métier. On comprend et on souscrit au souci de protéger la santé des hommes. Mais ne fait-on que la protéger ?

Drôles de bactéries

Une histoire récente de la recherche en biologie marine nous interpelle sur la question. Un jeune chercheur de la station marine de Roscoff, en France, a découvert dans une bactérie marine des enzymes d’un nouveau type, capables de dégrader les sucres complexes présents dans certaines algues. Ces enzymes ont été appelées porphyrinases. Comme cela se fait maintenant en bonne méthodologie de la recherche biologique, Jan-Handrik Hehemann (c’est son nom) a consulté les bases de données internationales existantes pour savoir si d’autres bactéries possédaient des enzymes du même type. Il a ainsi appris qu’il existait une bactérie de l’intestin humain qui produisait le même type d’enzymes et que l’on trouvait dans les populations japonaises mais pas chez les Nord-Américains. Et la similitude des deux bactéries, celle de la mer et celle de l’intestin des Japonais, suggérait que le microbe intestinal pouvait avoir acquis le gène qui encode pour les enzymes en question à partir de son congénère marin. Ce n’est pas impossible puisqu’au pays du Soleil Levant, on consomme en grandes quantités des sushi, qui portent des bactéries marines produisant des porphyrinases. Les gènes seraient donc passés de l’environnement marin vers l’environnement intra-intestinal des Japonais.

Partage de frères?

C’est la première fois qu’un transfert de gènes semble se faire de cette manière. Mais la question qui se pose est de savoir quelle signification pareil phénomène peut prendre dans nos relations avec l’environnement et avec les microbes de notre alimentation. N’y a-t-il pas là une manière dont notre flore intestinale, dont on commence seulement à comprendre la grande importance dans le fonctionnement de notre organisme tout entier, s’enrichit et évolue ? Et s’il s’agit bien de cela, avons-nous vraiment intérêt à les éliminer tous systématiquement de notre alimentation ? Des aliments sains, oui, des aliments stériles, non.

La rédaction
Akst J. Gut bacteria are what we eat. The Scientist, 7th April 2010
http://www.the-scientist.com/blog/display/57272


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